Sarah Ihler meyer

Entre images et sculptures ; tel est l’interstice où se situent les œuvres de Sara Favriau. Images, parce qu’elles reproduisent des formes plus ou moins reconnaissables ; sculptures, parce qu’elles se déploient dans l’espace, jouent des pleins et des vides, des points de vue et des échelles, des distances et des proximités, du dedans et du dehors. Réalisées à partir de matériaux et de procédés à la fois simples et radicaux, elles appartiennent aussi bien à l’espace physique que mental, engageant un cheminement du corps et de l’esprit à même d’activer leur potentiel fictionnel. Ainsi par exemple de ses cabanes, miniatures (J’ai remonté le temps y avait rien à faire. Les mêmes carrosses en bois à toute allure, 2014) ou monumentales (La redite en somme, ne s’amuse pas de sa répétition singulière, 2016), faç=onnées de centaines de tasseaux de bois et reliées entre elles par des passerelles.

Autant de volumes évidés et ajourés, à la fois appréhendables et inaccessibles, s’offrant au regard tout en s’y dérobant, tels des réminiscences d’instants passés à la fois fugaces et vivaces. Se déploie ici un jeu de transparence et d’opacité, de saisie et de dessaisissement ouvert aux projections mentales que l’on retrouve notamment avec À revers raisonne un degré miroir (2016). Il s’agit là d’une sorte de meuble en bois évoquant tout à la fois une marqueterie, un confessionnal, un moucharabieh et une pyramide précolombienne. Ajourée de petits trous d’un côté et d’une fenêtre de l’autre, cette construction laisse entrevoir lorsque l’on tourne autour d’elle l’étrange conglomérat de bois qu’elle contient.

Telle une architecture futuriste, celui-ci s’échappe en partie de sa surface supérieure et semble pouvoir indéfiniment proliférer. Condensation énigmatique de diverses références, cette pièce implique ainsi d’incessants allers retours du regard entre extérieur et intérieur, visible et invisible susceptibles d’activer l’imaginaire.

Un imaginaire invité à habiter l’intervalle entre la présence et le retrait des formes, mais aussi déclenché par leur polysémie et la mise en suspens de leur identification. C’est notamment le cas de Carnaval (2016) et d’Hybride (2015), soit deux séries de formes blanches, les unes collées contre des carreaux de céramique, les autres posées sur une table. Moulages en plâtre blanc de blister (coques en plastique transparent servant à protéger des petits produits de la grande distribution), ces formes font penser selon les perspectives adoptées à des masques ou des architectures miniaturisées d’une civilisation inconnue ; tels des spectres dont seuls les contours apparaitraient à l’arrière d’un rideau, leur indétermination nous autorise à spéculer et à y inscrire nos propres histoires.

Cet aspect fantomatique et mystérieux est également à l’œuvre avec Le Miroir (2016). Il s’agit là de quatre plaques d’Altuglas transparent, agencées de manière à constituer un cadre, où sont « scellées » des formes qui se révèlent être, de près, des empreintes de vis de différentes tailles, mais qui font penser de loin à la skyline fossilisée d’une ville d’un autre monde.Images sculptées, sculptures d’images, les œuvres de Sara Favriau dévoilent leur teneur poétique au grès d’une vision en action.

                                                                                                                                                     

Sarah Ihler Meyer / critique d’art et comisssaire d’exposition

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